DISCOURS DE VŒUX DU NOUVEL AN 2026
Danièle Boni-Claverie
Présidente de l’Union Républicaine pour la Démocratie (URD)
Porte-Parole de la Cap-CI
A toutes et tous mes compatriotes,
En ce début de l’année 2026, je m’adresse à vous avec gravité, lucidité mais aussi avec une espérance profonde. Je vous présente mes vœux de paix, de santé et de dignité. Que cette nouvelle année soit celle de la vérité retrouvée, du courage collectif et du sursaut démocratique que notre pays appelle de ses vœux.

L’année qui s’achève a été éprouvante et elle ne laissera dans notre mémoire collective que le souvenir de balafres mal cicatrisées, de blessures profondes, parfois irréparables qui nous imposent aujourd’hui un devoir de vérité. Car une nation qui refuse de regarder son histoire en face s’expose à la revivre dans la douleur.
La Côte d’Ivoire a traversé, en 2024 et 2025, une période de fortes tensions marquées par une restriction progressive de l’espace démocratique. Des libertés fondamentales, pourtant garanties par notre Constitution, ont été mises à mal. Des meetings interdits, des marches pacifiques empêchées, des milliers de citoyens arrêtés pour avoir exprimé une opinion, des élus parfois brutalisés ou entravés dans l’exercice de leur mandat, ont profondément fragilisé la confiance entre l’État et le peuple. À Nahio, des vies ivoiriennes ont été perdues lors d’événements tragiques liés à la contestation politique. Ces morts ne peuvent ni n’être oubliés ni relativisés. Ils nous rappellent que lorsque la démocratie recule, ce sont toujours les populations qui paient le prix le plus lourd.
Dans le même temps, le débat autour d’un quatrième mandat présidentiel a ravivé une crise constitutionnelle majeure. Ce débat n’était pas simplement juridique ; il était moral, politique et historique et posait une question essentielle : celle du respect de la Constitution, du respect des règles communes et du principe fondamental de l’alternance démocratique. À cela s’est ajoutée l’absence de révision crédible et consensuelle de la liste électorale, pourtant prévue dans les engagements budgétaires de l’État, alimentant un sentiment d’exclusion politique et de défiance électorale.
C’est dans ce contexte que plusieurs figures majeures de l’opposition ont été écartées du processus électoral par des mécanismes perçus par une grande partie de la population comme des artifices politiques. Cette situation a renforcé l’idée que le jeu démocratique n’était plus équitable et que la compétition électorale ne reposait plus sur l’égalité des chances. Malgré cela, le peuple ivoirien a continué à se mobiliser, souvent au péril de sa liberté, parfois au péril de sa vie, démontrant une maturité politique et un attachement profond aux valeurs démocratiques.
Il serait malhonnête de ne pas reconnaître une réalité : en 2025, les forces de l’opposition n’ont pas réussi à empêcher la validation de la candidature
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présidentielle ni à imposer des élections pleinement inclusives, transparentes et démocratiques. Oui, c’est un échec politique. Mais cet échec n’est pas une capitulation. Il est le résultat d’un choix responsable : celui de privilégier la vie des Ivoiriennes et des Ivoiriens plutôt que de les exposer à une spirale de violences dont nul ne peut maîtriser l’issue. Face à un pouvoir prêt à tout pour se maintenir, l’opposition a refusé de sacrifier le peuple sur l’autel de l’aventure politique.
Dans cette même période, la Côte d’Ivoire a connu des tensions diplomatiques avec certains pays de l’espace AES. Ces tensions ont rappelé une vérité fondamentale : aucune nation ne peut être forte si elle est isolée de son environnement régional. La paix intérieure est indissociable de relations équilibrées et respectueuses avec nos voisins. Une Côte d’Ivoire stable doit être une Côte d’Ivoire ouverte au dialogue, consciente de son rôle régional et de ses responsabilités africaines.
C’est précisément pour répondre à ces défis qu’est née et qu’évolue aujourd’hui la Coalition pour l’Alternance Pacifique en Côte d’Ivoire, la CAP-CI. Cette coalition n’a jamais été un simple outil électoral. Elle est devenue, par la force des événements, une force de propositions politiques. La CAP-CI travaille désormais à porter les aspirations profondes du peuple ivoirien : une réforme crédible du système électoral, le respect strict de la Constitution, la fin des exclusions politiques, la protection des libertés publiques et la réconciliation nationale fondée sur la justice et la vérité.
Mais au-delà de la politique, il y a la souffrance sociale. Une souffrance silencieuse mais réelle. Le chômage des jeunes demeure massif, la précarité s’étend, la pauvreté progresse dans plusieurs régions, et la détresse psychologique s’aggrave. Des indicateurs alarmants montrent une augmentation des troubles psychosociaux, notamment chez les jeunes, traduisant un profond malaise social. Une démocratie ne peut prospérer lorsque son peuple souffre, se tait par peur ou perd espoir en l’avenir.
C’est pourquoi, en ce début d’année 2026, j’en appelle à un sursaut collectif. L’opposition doit être unie, responsable et crédible. Elle doit dépasser les ambitions personnelles, les calculs étroits et les démarches solitaires qui affaiblissent le combat commun. Mais j’en appelle aussi au peuple ivoirien. La démocratie n’est pas l’affaire des seuls partis politiques. Elle est l’affaire de chaque citoyen.
Nous voulons une Côte d’Ivoire debout. Une Côte d’Ivoire où les jeunes n’ont plus peur de parler. Une Côte d’Ivoire où les populations vivent libres, sans crainte de représailles pour leurs opinions. Une Côte d’Ivoire unie dans sa diversité, où les différences ethniques, religieuses et régionales ne sont pas des armes politiques mais des richesses nationales. Comme pendant cette Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2025, où des joueurs venus de toutes la Côte d’Ivoire se sont battus ensemble pour faire briller le drapeau national. Forts de cet exemple, nous devons apprendre à avancer main dans la main pour que la Côte d’Ivoire rayonne.
Chers compatriotes,
2026 ne sera pas une année facile. Mais elle sera une année décisive. Une année de reconstruction démocratique, de réveil citoyen et de vérité assumée. Rien n’est définitivement perdu tant qu’un peuple refuse de renoncer à sa dignité.
Que cette année soit celle où la peur s’efface
Que cette année soit celle où la parole citoyenne reprend sa place.
Que cette année soit celle où la Côte d’Ivoire se remet debout, non contre elle-même, mais pour elle-même.
Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire.
Que Dieu protège son peuple.
Danièle Boni-Claverie.
